ECHANGES

TROISIEME MISSION SUR TERRE

1. Préparatifs

 Un beau jour. Pardon, là bas il n’y a pas de jours. Il n’y a ni jour ni nuit.Mais comme je m’adresse aux terriens, me voici obligé d’utiliser leur  langage. Votre langage, terriens!

  Un beau jour donc je fus appelé à comparaitre devant l’Inspecteur Général des Intelligences en Disponibilité (ID). Mon tour était arrivé pour me voir signifier que je devais bientôt reprendre le chemin vers la terre. Depuis mon départ lointain, j’avais accompli d’autres missions sur diverses autres planètes et corps célestes. Mais cette fois-ci, je devais me préparer pour un voyage terrien très spécial. Ainsi, comme je l’apprenais des autres collègues, il fallait que je rejoigne d’abord le bataillon des intelligences humanisées avant mon départ.

 Une fois en face de l’Inspecteur Général, il me dévisagea longuement et sans mot dire, il reprit, de sa boîte des secrets, ma fiche. Je la vis défiler comme un éclair dans un ciel dégagé. Tu comprends cela, terrien? Je suppose que tu as aujourd’hui la capacité de t’en faire une idée grâce à votre technologie que vous estimez très avancée. Je la revus la fiche de mon passé terrestre. Forces et faiblesses, exploits et manquements me furent rapidement rappelés. Impavide, je prenais note de tous les détails. Ce sera utile dans ma nouvelle mission.

 L’inspecteur Général est une Intelligence ayant fait ses épreuves. Il fixa son regard sur moi et me dit: »Petit frère,cette fois-ci, tu ne dois pas rater, tu n’as pas le droit de rater. Ce ne sera pas facile, je le vois. Car tu vas être largué non pas près des eaux comme auparavant, mais dans une région montagneuse où la forêt est en train de rendre le dernier soupir de sa longue et lente agonie. Là-bas il n’y a pas de richesses somptueuses comparables à celles des pays riverains des grandes eaux. Les intelligences humanisées qui s’y trouvent ont besoin de tes services. En décidant de te confier cette mission, nous avons tenu compte de certains critères liés à ta personnalité. Nous avons considéré ton esprit d’abnégation et ton degré de patience; sont entrés en ligne de compte également ton adaptabilité, ton esprit d’initiative, ton sens de l’obéissance, mais aussi ton indépendance dans l’action et le jugement. Tu as su faire preuve  de tout cela dans le passé. Prince, tu n’as pas démérité; roturier, tu n’as pas fait la moindre révolte, et même en qualité de simple conseiller effacé, tu as été efficace. Tu as su trouver des solutions là où l’on imaginait l’impossible.Et maintenant que tu as eu le temps de te recycler, que tu as mis à profit la période de mise en disponibilité, il a été décidé de te confier une mission délicate. Je dirais même très délicate. Sur ces mots, il me montra la fiche d’information qui défilait devant mes yeux. Et il me fut permis de le rendre public au moment qui me serait indiqué. Il est arrivé ce moment et  je peux à présent vous dévoiler le contenu du message qui a présidé à la mission. 

  »Sur la planète terre vers où tu vas repartir, les intelligences humanisées sortent à peine d’une guerre. Elle a été, selon les terriens,  une sorte de bête très dévastatrice. Ces bactéries savent attaquer leur domaine de vie et se détruire entre elles. Oui, ce sont des intelligences, mais si on devait utiliser leur langage, ce sont de vraies bactéries. Ces dernières lumières passées, elles ont perdu le sens du chemin vers la perfection. Tous leurs pays ont été touchés et l’incompréhension est totale là-bas. Même dans la MONTAGNEUSE les conséquences ont été énormes. La famine y a sévi.Plusieurs intelligences humanisées n’ont pas pu résister afin de poursuivre leur mission dans la difficile montée vers le BIEN et le BON.Les plus résistants se remettent à peine. … »

 Mais ton attention n’est pas totale me fit remarquer l’Inspecteur général des intelligences en disponibilité.

- Oui, c’est vrai, répondis-je avec de la honte au coeur. C’est parce que vous m’avez dit: »cette fois-ci, tu ne dois pas rater ».

- Ah, je vois ton problème. Tu as oublié ta mission sur la CONCORDIA du Centaure? On y revient pas. Il s’agit aujourd’hui de reprendre le chemin vers l’habitacle d’un autre niveau, mais que tu as déjà connu dans d’autres circonstances. Ecoute, tu vas te préparer. Le temps que les ingénieurs mettent au point ton vaisseau et que toi aussi tu choisisses la tunique la plus convenable pour cette région et la réussite de la mission. C’est tout ce que j’avais à te dire pour le moment. Si tu as des questions, c’est pour la prochaine séance.Tu vois bien qu’aujourd’hui j’ai de nombreux réservistes à recevoir. Vas, prépare-toi et bon courage.

 Propulsé dans le couloir des revenants, ma préparation allait être nourrie d’expériences étonnantes. A propos, le couloir des revenants est un passage étroit dans lequel se bousculent les intelligences fraîchement revenues de mission. Elles passent en lisant les informations concernant leur lieu de repos et de réapprentissage, car la vie est un cercle infini. Il n’y a pas de bavardage dans le couloir des revenants. Chacun voit et entend ce qui le concerne. On aperçoit des intelligences connues, celles  avec lesquelles on a eu à partager le statut de missionnaire. L’échange de souvenirs est rapide et intemporel. Difficile à rendre en langage terrien.

 Selon les règles d’usage, je me rendis dans la salle d’attente des intelligences revenues de la planète de ma prochaine mission. C’est-à-dire auprès des intelligences humanisées. Pas de dialogue permis. Seule l’observation est la méthode de collecte des informations désirées. En fait, c’est que les revenants de fraîche date n’ont pas encore acquis le langage des intelligences au repos, en disponibilité. Il leur faut une remise à niveau et une conversion. En plus,  à ce stade, le processus du passage à la sphère de purification n’est pas encore terminé.  Ces intelligences détachées de l’ancien contexte sont souvent exténuées par le voyage. Ainsi tout dérangement risque de faire reculer les peureux et les faire rentrer dans leur cage ou tunique de la vie en terminaison. Leur retour sur terre se fait sans ordre de mission. Le coupable d’un tel dérangement écope encore d’une certaine période de mise en disponibilité avant d’aller s’accomplir. Ou bien c’est la mise en disponibilité à perpétuité. Pour qui veut saisir ses chances, éviter pareille imprudence est un conseil à ne pas négliger. Tout ce qui est permis est de prendre connaissance des plus récentes informations ramenées par ces missionnaires au retour. Le moyen de communication est la télépathie. Elle transmet les messages très rapidement, plus rapidement que ne le font vos ordinateurs, pauvres terriens! La télépathie permet de faire le choix et le tri, car on ne peut tout dénicher, ni parcourir tous les registres. Tout se fait en fonction de la nouvelle mission en préparation. Quant à moi, je devais scruter les informations en provenance de la Montagneuse, ma prochaine étape de  renaissance et de purification.

C’est au bord de l’allée XR45 que je me tins tranquille et attentif. Les revenants de la Montagneuse défilaient, pour la plupart  exténués, tandis qu’une minorité avait gardé sa dignité. Sur leur semblant de front coulait le rapport des derniers développements. Je les notais pour pouvoir formuler mon projet, faire la demande du lieu d’atterissage, et faire le choix de la tunique appropriée en tenant compte des humains qui devraient parrainer mon entrée sur terre.  

    2. Premier stage terrien 

Tout était prêt quand le cercle du temps infini se boucla. Nous étions à la porte de la dernière demeure des intelligences humanisées en disponibilité. Le chef me dit : « tu as terminé les préparatifs, n’est-ce pas ! » Je devais lui dire que depuis peu mon choix de rôle terrestre était fait. Rôle principal : inspirateur. Rôles secondaires : chef d’équipes, rapporteur. En plus, je signalais avec fermeté que les rôles de prince ou de souverain ne serviraient à rien dans ma prochaine mission. -         As-tu déjà fait le choix de conseiller télépathe ? 

 -         Oui, répondis-je. Il a lui-même accepté mon choix. 

-         Alors, va prendre ta tunique et entre dans la capsule. Aussitôt dit, aussitôt fait. Pilote de moi-même, je fis un voyage éclair.                      

                      *   *                          *   Et les choses se sont passées très vite. Dans quelques instants, je me retrouvais sur terre. Moi-même et plusieurs autres êtres  humanisés devions être largués sur les hauteurs d’une région sauvage surplombant  la vallée des rameurs. Nous empruntions d’abord un sentier pour nous rendre  au lieu dit « La pépinière ».En dévalant une colline inhabitée, nous voyions dans la vallée une sorte de tente de couleur argent. Ce serait notre première demeure de stage. Mais avant de nous introduire dans cette tente isolée, il fallait d’abord faire nos premières provisions. Et apprendre le système local. Il fallait apprendre à faire des achats. Et   reconnaître notre nouvel environnement spatial et animal. C’était un lieu coincé dans des montagnes inhabitées, herbeuses et parsemées de plantes diverses : arbres fruitiers, arbres de couverture et une riche végétation neutre. Il pleuvait. Et une voix lente et caverneuse nous indiqua qu’il s’agissait d’un rite d’introduction. A un certain moment, je me retrouvais seul à errer dans une allée bordée de fruits oblongs de couleur jaune à ma droite. Et à gauche, j’aperçus une rangée de maisons, certaines assez vieilles et sales, d’autres un peu plus propres. Par curiosité, je m’approchais de la première maison ouverte. C’était une boutique. Un homme portant un long manteau gris, et au visage ridé, se tenait derrière un comptoir. Sur le comptoir une balance avec ses deux assiettes. Dans un coin près de la porte un tas de sacs de charbon de bois. Il m’invita à entrer sans peur. Il avait bien remarqué que j’étais nouveau. Après avoir jeté un regard furtif et inquiet, je sortis sans mot dire. Et je remontais l’allée d’où j’étais descendu. Je voulais aller dans une maison auparavant aperçue du côté de arbres fruitiers. La maison, petite, basse, mais propre m’invitait à assouvir ma curiosité. Il y avait cette fois-ci du monde dedans. Et du vacarme en sortait.    Une fois arrivé dans la cour extérieure, je m’arrêtais pour mieux savoir ce qui  m’attendait derrière les palissades en bois et branchages secs. C’est à ce moment qu’une âme sœur vint à ma rencontre. Je la reconnus.  Je l’avais déjà connue à Concordia du Centaure. Très gentille comme jadis, elle me prit par le bras et me tira à part. Contournant un talus assez haut, nous allâmes nous asseoir sur un gazon verdoyant. Elle me fit ses salutations et me révéla qu’elle est là depuis soixante lunaisons. Elle allait de temps en temps s’occuper de moi et de mon insertion. Première observation de sa part : «  comment tu n’as pas fait tes provisions avant de regagner ta demeure ? », -         Que dis-tu ? De quelles provisions s’agit-il ? -         Mais tu viens de traverser le marché secret des êtres fraîchement revenus pour leur mission. Tu n’as pas fait l’observation nécessaire pour acquérir les énergies de cet endroit. On ne t’a rien dit avant ton départ ? -         Peut-être qu’on m’a donné une information qui m’a échappé ou que j’ai négligée. -         Première erreur, dit-elle. Mais ne panique pas, ce n’est pas trop tard. Allons, retournons là bas, car si tu entres maintenant dans l’enclos d’accueil, il te sera difficile d’en sortir pour aller faire les achats. Et peut-être le village -marché aura déménagé. C’est ainsi, il ne reste pas au même endroit. C’est le secret des premiers stages.       En route, nous repassions devant la boutique du vieux grincheux. Puis, nous descendîmes cinq à six escaliers en briques cuites. Et à notre gauche, un magasin plus large, calme et bien achalandé était largement ouvert. C’est là que l’âme sœur m’a indiqué le paquet des énergies de base. On avait rien à payer, mais tout simplement pousser sur le bouton  ombilical, et le préposé décodait. Une fois chargé, je me remis en route vers la demeure de premier accueil. L’âme sœur se retira en me disant que sous peu nous allions nous revoir dans la Pépinière, lieu du premier stage.      Le guide télépathe vint m’accompagner. En arrivant dans l’enclos principal, nous remarquâmes une assemblée  en liesse. Répartis en deux groupes, les êtres humains présents étaient assis. Le premier groupe était composé de petits innocents déjà habitués au régime terrien. Ils avaient fini leur stage de la vallée des rameurs. Ils étaient en train d’observer, tour à tour, un nouveau venu. Ma confusion ne me permit pas de savoir que cet être en devenir était moi-même. Cette duplication ne m’avait pas été indiquée avant le départ. Le télépathe me dit qu’on avait évité de me faire peur. Phénomène qui allait durer peu de temps par ailleurs.      Le deuxième groupe était composé de véritables larrons entourés par des brebis. Ils buvaient et bavardaient, mais ne mangeaient pas comme les innocents.  Certains avaient la mine de penseurs. Les brebis, quant à elles, elles bavardaient à voix basse et semblaient très occupées par les soins du petit être entre les mains d’une brebis couronnée, assise à côté d’un larron hilare, juste à la porte d’entrée d’une demeure ronde.  Le télépathe me conduisit par une petite porte dérobée qui donnait sur une deuxième cour arrière. Là-bas se trouvait une autre demeure, aussi semblable à la première, mais de dimensions plus petites. C’est là que je devais attendre l’opération de raccordement avec le double de moi-même que je venais de voir. Pendant les premiers instants, le télépathe devait procéder à la cérémonie d’initiation. Il me mit sur une sorte de lit surélevé. Et il me montra certains objets qu’il jugeait d’une haute importance. Parmi beaucoup de choses que mon esprit remarquait, il y en avait là quatre jugées d’importance : le feu qui refusait de dormir, une épée pendant au plafond, un livre déposé sur un tabouret et quelques billets de banque et pièces de monnaie dans un vase en argile.  Le télépathe me dit : «  tu dois maintenant faire le choix d’un objet qui sera ton arme dans la mission terrestre ; un et un seul ».  Il me laissa le temps d’observer et de réfléchir avant de me prononcer.          

Ce moment du premier choix vital  constituait le nœud principal de l’épreuve initiale. Initiale et initiatique. Ces deux mots me furent inspirés par je ne sais quel esprit amical. Des regards anxieux sur chaque objet promenèrent comme papillons au dessus d’un buisson. Puis, après une sorte d’éternité, mes mains de la vie d’hier se mirent à bouger. Je touchais d’abord légèrement dans le vase contenant l’argent. Réflexion faite, il me semblait que seule la richesse ne suffira pas pour venir à bout des défis à venir. Alors, je sautais sur le livre. 

-         Non, j’ai dit : « une et une seule chose », se fit entendre le télépathe, calme et pourtant très impératif. 

 

Alors, comme par enchantement, le livre fut rapidement saisi et soulevé vers le ciel. 

 

-         Choix accepté et béni, martela le télépathe.  Et de poursuivre : « comme tu avais hésité entre argent et livre, tu auras toujours des conflits entre les choses de l’esprit et les choses matérielles. Tu pourras avoir plus de bienfaits de la pensée que ceux procurés par l’argent. Tu auras de bonnes idées, mais tu ne pourras pas toujours les réaliser sans le secours de l’argent. Ce dernier moyen te sera rare, et pourtant souvent à la portée de main. Tu ne seras ni riche, ni pauvre. Tu auras chaque fois tout juste le nécessaire pour le moment présent; tu auras même des idées de bonne gestion, pas pour toi, mais pour les autres.  Concernant les choses de l’esprit, ton hésitation de tout à l’heure vient de te priver du succès total. Les humains ne te permettront pas d’accéder aux honneurs du savoir ; tu seras tout simplement admiré et mis en valeur pour le bien des autres. Bref, l’admiration sera ta seule et unique récompense. Cependant sois sûr, tes idées serviront souvent. Mais de ton vivant sur terre, tu n’en verras pas l’influence sur les comportements et les attitudes des humains. Après tout, ce n’est pas l’objet essentiel de ta mission ».     

-         Et qu’en sera-t-il des objets non touchés ? demandais-je. 

-         Objets inutiles dans ta mission. Jamais tu n’auras besoin ni de feu ni d’épée. Et ces deux n’auront aucun effet sur toi. Tu seras cependant affligé de voir le monde recourir à ces armes pour arranger des problèmes que la sagesse aurait pu résoudre. Les humains ne pourront s’en sortir que lorsqu’ils accepteront de changer leur vision de la victoire. La victoire, ce n’est pas l’écrasement de l’autre, c’est le dépassement de ses propres limites. En ce qui concerne la vie commune, la négociation respectueuse des intérêts de chacun est le seul remède. Il faudra des siècles aux humains pour comprendre cette chose si simple. Tu le leur diras et rediras. C’est plus tard après la fin de ta mission qu’ils se mettront à l’exercice de la bonne intelligence : celle qui sait demander et céder tout à la fois. Demander tout pour soi seul, c’est provoquer la peur et la haine de la part de celui qui est dépouillé.  Céder une partie de son ego n’est pas signe de faiblesse, mais de courage et de sociabilité. Cela tu devras l’apprendre aux humains de cette ère troublée.          Tu   connais maintenant le secret de ta vie terrienne. Il ne te reste, pour le moment, que de descendre vers la Pépinière, lieu du premier stage. 

 

C’est sur ces mots que le télépathe me prit par  la main et me conduisit dehors. Une fois sur la place des conversations, il indiqua l’endroit. Je vis en direction de l’ouest un large sentier qui conduisait au lieu-dit « La Pépinière », là-bas dans les bas fonds de ce coin perdu. La tente de mon équipe se dressait bien en retrait, à droite du sentier bordé d’arbres en rang presque serré. 

-         En avant, me fit le télépathe. Voilà les autres innocents te précèdent. Ces trois là qui descendent la pente d’en face feront partie de ta classe de petits humanisés en éducation. Deux adultes vont assurer les premières leçons d’apprentissage. Tu devras leur obéir et suivre leurs conseils. Ils connaissent bien le terrain. Vas-y. Moi je serai toujours discrètement à tes côtés, et personne de ceux qui portent la tunique terrienne ne s’apercevra de ma présence.   

 

Je me glissais dans le sentier de sortie, puis au carrefour avec le chemin des bêtes, je tournais à droite pour finalement m’engouffrer dans la tente du premier stage. 

 

Les stagiaires déjà arrivés faisaient un gazouillis curieusement musical. Ils semblaient trop occupés par leur conversation. Je pris place à côté d’un innocent plongé dans un livre illustré de toutes sortes d’êtres vivant sur terre. Il me fit signe de regarder dedans. Ma curiosité était grande et je n’arrêtais pas d’écarquiller des yeux peu habitués. Je n’avais jusque là vu que le livre initiatique que je n’ai pas ouvert. 

 

 

C’est sur ce spectacle insolite que je vis  un terrien chauve entrer dans la petite pièce carrée. Il siffla dans une sorte de  boucle troué. Et tous tombèrent dans un silence de mort. Il se mit à chantonner,  et de ses bras nageant dans l’air, il dirigea un concert cacophonique qu’il devait plusieurs fois corriger par coups ponctués. Puis, à un certain moment, les voix devinrent suaves et me rappelèrent les séances animées de notre demeure de l’autre côté, à dix mille milliards de kilomètres de cette terre. 

 

La suite fut un jeu bizarre de va et vient au tableau noir. Les petits innocents  y griffonnaient des signes. Ensuite, il fallait les décoder à haute voix. Le chauve disait qu’il s’agissait des chiffres qui aident les terriens à se faire des repères de toute sorte. Ainsi ils savent mesurer le temps et la nature. Mais ils ne savent pas encore comment atteindre et mesurer l’infini.    

 

Devant nous, sur une table nue, un objet rond faisait un bruit monotone. Ses deux bras continuaient de se suivre, l’un plus rapidement, et l’autre peinait à avancer. Ma boîte décodeuse ne pouvait me révéler ce que signifiait cet objet et je dus demander, à voix basse, une explication que le voisin me donna en un mot : « une horloge ! » … Elle est là pour nous indiquer les fractions et le rythme du temps, ajouta-t-il après un bref silence éloquent. 

 

Le chauve remarqua notre conversation qu’il qualifia de manque d’attention. Il nous demanda de répéter la séquence précédente du code des chiffres. Je n’y comprenais encore rien. Il me dit de suivre ses indications et de répéter à haute voix les noms des chiffres de un à neuf. Ce jeu amusa les autres qui étaient déjà habitués et se mirent tous à me huer, tout en répétant la même chose. Le tout ponctué par un bruit sec du bâtonnet que le chauve cognait sur le tableau. 

 

Ce jeu rigolo faisait entrer, simultanément, dans ma boîte décodeuse, images et sons emballés dans un langage que seuls les terriens savent manipuler. Et je me plaisais à regarder les lèvres de mes condisciples qui ne cessaient de marteler l’air par ces mots de graduation : un, deux,  trois……souvent renvoyés en échos tournants dans la petite pièce rougeâtre. On appelait cela une classe : Un lieu de connaissances et de progrès, un îlot au milieu des villages intemporels.

(suivra) 

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